Intérieur nuit © Johnny Drucker

Alors on chante © Johnny Drucker

Anna, Tommy © Johnny Drucker

“Et tu deviendras belle, toi qui n’étais que jolie, car la beauté l’amour l’engendre.”
— Réla

recap / Les Histoires - © Johnny Drucker

Porno.graphie © Johnny Drucker

Verre.

Le plat de tomates lui glissait des mains, emportant avec lui l’espace, le temps, la musique, la raison, sa jeunesse… Slow motion millénaire d’un amas rougeâtre dans le saladier en verre transparent de chez Léonard [1]. Il s’était fait beau pourtant. Il avait pensé à tout. La chemise, l’eau de Cologne, le sourire assorti. Tout bien faire. Le propre et brossé extérieur : feinte du tout brouillon intérieur. Dans sa chute ralentie, ce plat, ces tomates, leur alliance parfaite laissaient bizarrement deviner la fin du faux semblant. Comme on attend le coup de feu au départ de la course, on anticipe le sifflet en fin de match, ce moment suspendu, sans souffle appelait l’arrêt de jeu. Il savait que plus que le plat, la situation lui échappait.

Puis, paf. Le silence.

Feu d’artifice de chair pourpre et bris de verre sur le carrelage.

Les yeux plissés par le bruit, se rouvrent larmés.

Puis, plouf. L’explosion.

Feu d’artifice intérieur d’émotions jusque là bien pliées dans le costard trois pièces qui ne suffit plus à les contenir. Sanglots d’enfant flottant dans costume d’adulte. 

Il se met finalement à genoux, le temps et les bruits autour reviennent. Dans ses mains les morceaux qui ne savent plus eux-mêmes s’ils sont tomate ou saladier. L’ami qui rentre par hasard, qui, sans un mot, sans un doute, ramasse à son tour. En deux mots il propose une escale à dix mètres, un voyage à deux maîtres. Un programme sur l’avenir : dix minutes. Deux bières, une vie. Respirer. Tout dire sans parler. Être réconforté.

A table on attend toujours les tomates, qui n’ont finalement manquées à personne.



[1]  Boutique de vaisselle en tout genre, avenue du Maréchal Berthon, fermée depuis mai 1978.

Word Session #5/ “Verre”

Pédestre.

C’était cet acteur qu’elle aimait bien. Dans cette série qui la faisait rire. Du coup ce mot si hasardeux. Lui, oui. Rien que ça. Elle s’était dit que bon ben oui, quoi. Drôle. « Les petits pédestres » ! Hahah. Rien que ça. Lui. Cette série. Cette phrase. Le rire. Le souvenir. Le début de tout.

Elle riait. Elle allait se chercher un verre d’eau, parce que drôle et que soif. Dans la cuisine. Plus de robinet. Pas d’eau. Pas de robinet. Plus d’eau. Ça non. Mais comment ? Le robinet plus là. Où ? Mais comment ? Pourquoi ? Pas de robinet. Non. Plus de robinet et pas d’eau du coup. Alors que soif, parce que drôle. Là, plus drôle. Vraiment. Toujours soif et pas drôle du tout.

Du coup, sortir. Manteau, écharpe, sac, clefs, ascenseur, rue. Rue et soleil. Ça « wouah ». Soleil ! Ça change tout. Soleil, mais plus robinet. Alors ça. Bizarre. Parce que pas depuis 3 ans ! Plus soleil depuis 3ans, mais toujours robinet. Là, non. Plus robinet mais soleil. Fou.

Alors marche, questions aux passants. Pas au courant. Les passants pas au courant pour eau courante.  Donc ni eau courante ni au courant. Les passants alors passent.

Pas normal. Si pas eu soif, elle, pas vu pour robinet et pas vu soleil. C’était lié. « Petits pédestres », eau, robinet, soleil. Tout. Liés. Elle répétait. Tout. Dans sa tête. Tout le temps. Sans trouver.

Pincer. Pas un rêve. Crier. Pas un rêve. Boire. Pas robinet. Sortir. Soleil.
Fou.

Pas comprendre. Acheter un pack d’eau. Oui, ça au moins. Ça oui. Boire parce que finalement toujours soif, parce que drôle et que pas bu encore. Puisque plus robinet, mais soleil.

Alors marche, magasin, rayons. Mais pas d’eau. Plus d’eau. Alors ça non. Comment ? Que des robinets. Partout. Que ça. Alors acheter un pack de robinets.

Word Session #4/ “Pédestre”

Panse bête.

Les beaux jours ne manquaient pas. Les bons sentiments non plus.

 

Ils étaient là, tous les deux les plus beaux, à nous trois les plus forts. Invincibles, prétentieusement égoïstes, maladroitement fières et persuadés d’êtres les seuls au monde à s’aimer. Pour de vrai. Comme ça. 

Leur fausse joie décontractée cramait là plein soleil, sur la terrasse, entre mes bras. Deux petits écorchés du cœur qui passaient le costume presque indicible de Cap’tain Courage. Deux hommes.

C’est que je leur aurais bien rabibochée, moi, leur  éponge à sentiments abymés, s’il n’était pas si prévisible que je froisserais les miens dans la manip. J’aurais pris autant de soin à les consoler, qu’on prend peine de respecter à la lettre la recette traditionnelle d’une grand mère polonaise. Il y avait là effectivement quelque chose de familial.

Je les aurais aimé tous les deux, moi toute seule, plus que les deux autres réunies. Elles, qui avaient lamentablement échoué et qui les laissaient flotter au large.

 

Alors, je les laissais faire leur plus beau « comme si de rien » en le faisant moi-même, me disant que c’était d’ailleurs peut-être là le meilleur pansement.

Ro-do-din-dron

Ce mot sonnait en elle comme une sorte de maladie génitale.

Elle avait beau creuser, imaginer, proposer à son cerveau mille définitions, elle savait profondément que pas une n’était valide. Elle ne connaissait pas ce mot, là était la seule évidence ; et elle se trouvait une fois de plus bien jeune et bien ignorante.

Pour sûr, elle l’avait évidement déjà entendu… Et le fait même que ce soit encore de la bouche de sa grand-mère, devait l’éclairer.

Du coup l’hypothèse de l’MST bien vilaine tombait à l’eau. Elle imaginait que c’était une sorte d’oreiller. “Ah non, ça c’est « édredon » c’est vrai…” Un animal ? Le croisement d’un hamster et d’un cochon d’Inde. Un petit biscuit, genre spéculos ? Nan ! Un caillou !! Oui, c’est ça, une roche rare des terres sauvages bretonnes, que le sel de mer aurait façonné et n’offrirait qu’à la vue des randonneurs les plus téméraires, aux petits matins pluvieux du doux et parfumé printemps…

Ce qui serait drôlement précis pour une grand-mère alsacienne qui n’aime que son jardin d’hiver.

Elle aurait bien voulu savoir. Mais voilà, elle ne savait pas. Elle avait honte et rougissait déjà à l’idée d’oser demander. Alors elle tenta de changer de conversation dans un sourire forcé qui acquiesçait naïvement l’aveu de son aïeul, affirmant, émue, qu’elle adorait ces fameux « ro-do-din-dron » !

Décidée, elle s’approcha au pif d’un petit arbuste garni de boules roses bien fleuries et demanda d’une voix fière et vaillante :

« …et ça Gran’Ma, c’est quoi ? »

Word Session #2/ “Rhododendron”

Bedrhum

Mon lit est une forteresse. Rempart polyester où je me blottis, tel un aventurier convalescent.

Cocon de corps attaqué dans amas de sweat à capuche gardant chaleur, vers pantalon dans chaussettes 100% coton, sous couette plaidée coupable et triple oreiller viscose. Goût de coca arrangé mielleux sous la langue.

Lot gagnant d’une partie de mini pingpong sur parquet, la veille, avec moins de 5 ans fiévreux.

Jouez avec des enfants.

Le second.

Le second texte, en revanche, on s’en branle un peu.

Le premier.

Le premier texte
est toujours important.